Dans l'été indien, écrire sur les insultes

Il faisait beau ce jour là sur Paris. Nous avons profité de l’été indien au Jardin du Luxembourg, non loin de la présence protectrice des femmes de pierre qui veillent sur le parc. Les chaises vert bouteille nous attendaient sous les arbres qui commençaient à perdre leurs feuilles. C’était paisible. L’écriture nous ouvrait les bras. Proposer aux écrivants des consignes autour de l’insulte dans cet univers si doux aurait pu paraître insultant ! Mais n’est-ce pas dans un cadre protecteur qu’il vaut mieux lâcher ses peurs et ses rancœurs ? Le décalage est parfois salutaire.
La première consigne portait sur ces petits riens (pas rien !) qui crochetent notre bonne humeur. Écrire à l’autre, à soi-même ou à la statue d’en face tout ce qu’on a sur le cœur. Écrire sur tous les tons et partir sur les traces de Queneau. Se laisser aller à converser avec soi-même, sans prêter attention à l’autre en face. Qu’importe, s’il n’existe que dans l’imaginaire. Ecrire sans ce censurer. Oser cracher, se libérer et travailler.

Nous sommes au Jardin du Luxembourg. Tout est paisible. Et elles arrivent par paquets, en rang par deux, belles, drôles, cruelles et tueuses : les insultes. Toute la vie. En voiture, dans le bus et le métro, à la Poste, dans la file du supermarché, au travail, en famille ; l’insulte du quotidien, au quotidien, l’insulte des Marchés, l’insulte des armes, des morts partis sans rien dire, l’insulte des secrets.

Entre les plats du repas du dimanche, l’insulte qui sommeille. Le vin, le dessert, la tension qui monte. Les mots rentrés, prêts à éclater. Parler ? Crever le silence ? L’insulte crie là où ça se tait. Le non-dit, injure sous-jacente, rumine, ronge, frappe à la porte. Sortira, sortira pas ? Lui ouvrir, le laissez sortir ? Regarder l’insulte débouler en caractère gras, sans pouvoir la rattraper ni la retenir.

Mais bon dieu ça frotte où ces choses là ? Ça cogne, ça salit, ça laisse des bleus, parfois des cicatrices. L’insulte, comment nous traverse-t-elle ? Pourquoi avons-nous laissé faire ? Comment la tordre, sans ajouter la guerre à la guerre ? Comment transformer la pierre en plumes et profiter des ondes de ce pavé jeté dans l’étang de nos vies pour avancer ? Au Jardin du Luxembourg, ce samedi de septembre, les insultes deviennent matière à créer. 

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