« Etant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? » 

Dans Espèces d’espaces, George Perec cite Jean Tardieu : « Etant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? » 

Parce qu’écrire, c'est dépasser ses limites ; occuper un espace, ouvrir, regarder au-delà de soi et des horizons,
j’ai proposé aux écrivants de répondre à la question posée par le poète.

Le texte pourrait être le démarrage d’une nouvelle, qui est souvent une réponse à une question non formulée,
mais suggérée, voire posée à la fin.

Inspirée, je livre ce texte médiateur. 

Ecrire sur le mur. Les murs qui nous enferment, les murs qui nous soutiennent ; les murs où je me frappe
la tête, cogne les poings. Les murs.

Ecrire sur le mur. Les façades sur lesquels tu traces, les soirs de pleine lune, ta colère, ta rage,
ta volonté de changer le monde. Ha bas le système ! Tu fustiges les riches, la pauvreté, les salaires, le racisme.
Tu urines de bombe noire les allées du parc, les panneaux publicitaires, les sorties de métro, les souterrains.
Tu tatoues à l’encre rouge les veines de la cité. Je te suis, je rase les murs de peur d’être vue, attrapée,
enfermée avec toi, derrière les murailles de Fleury. Là où résonnent les cris des prisonniers. Leurs mots crus
pour dire le manque, l’enfermement.

Ecrire les murs. Les murs à tête de Rimbaud en pochoirs. La poésie crie dans la ville. Le béton chante.

Ecrire les murs, pierre à pierre, montés dans la sueur. Il fait chaud, tu bois une bière. Tu construis pour
les autres. Un jour, tu auras un chez-toi.

Ecrire sur les silences de nos enfances, ouverts ou clos ; pour épancher sa soif, pousser la porte de son âme,
la laisser virevolter entre les murs.

T’écrire sur le mur, des Je t’aime à ton adresse que je n’ose dire. Ecrire, à la vue de tous, ce que je tais.
Ecrire mes haines en caractère gras. Ecrire des vérités quand les murs affichent des mensonges.

Casser les murs qui longent la frontière. Un mur puis un autre. Un qui tombe, un qui se lève.
Les murs, au gré des peurs. Berlin, Israël-Palestine, bientôt un mur contre les migrants pour protéger
l’Europe forteresse.

Le mur de la honte, le mur de la mer, infranchissable. Les murs de nos angoisses, de nos pensées,
de nos limites. Aller au-delà, mais pas là-bas.

Marcher sur les murs, danser, crier, chanter, dire. Transformer le gris de la ville en toile éphémère, renouvelable.

Se débarrasser. Passer par-dessus la palissade et de l’autre côté, bâtir des cloisons en terre, des ocres au toit
de paille. Sans être sur la paille.

Longer les murs pour se surprendre. S’asseoir à l’ombre, s’adosser et attendre, à l’affût. Ecouter le murmure
des murs et, avec un crayon, raconter. Ce qui se passe derrière, à l’intérieur. Là. Et, dans la démesure du mur,
écrire désenmurés.