Coucher mauritanien

C’était l’heure où une légère brise promenait, sur les dunes, la quiétude grandissante de la lumière du soir.
Le plus souvent seuls, à deux parfois, les membres du groupe étaient en train de se disperser en étoiles,
chacun à la recherche de la dune idoine sur laquelle passer la nuit.

Regroupés autour d’un peu de nourriture jetée par les bédouins, les chameaux, parfaitement immobiles,
posaient avec arrogance devant la pleine lune qui venait d’apparaître au-dessus de l’horizon.
Nous étions déjà à une trentaine de mètres les uns des autres lorsque, sans se concerter, chacun d’entre
nous a interrompu sa marche pour tourner son regard dans la même direction. Stéphane, le plus éloigné,
s’est dressé sur la plus haute dune sur laquelle il venait de poser son sac à dos pour élire domicile,
et sa lointaine silhouette, recouverte d’un pull bleu marine, n’était plus qu’un trait sous le ciel bleu sombre.

Embrasant une dernière fois le ciel, dans des oranges transitant par le rouge pour virer progressivement
au mauve, s’opposant en miroir à la blancheur conquérante de la lune qui, sur l’horizon opposé,
entreprenait sa silencieuse ascension, le soleil nous offrait, au cœur d’un nulle part sans fin que nous
étions seuls à partager, l’extrême nostalgie de sa magnificence perdue.

Le dernier éclat s’est éteint derrière l’horizon, libérant nos regards et nos corps au bleu profond de la nuit
naissante progressivement peuplée d’étoiles, et une pensée nouvelle s’est formulée en moi :
« C’est donc ça que les opéras veulent dire ».

Louis Sajun
Le 02 juillet 2016

Premier jet, écrit en 3/4 d'heure, pour écrire ce moment où l'on prend conscience de la beauté.
D'après C’est salement beau, dans Sauver la peau de David Léon, et Cinq méditations sur la beauté, 
de François Cheng